Objectif Terre
Universite Laval

Forum francophone préparatoire à Rio +20

Lyon (France)
8 et 9 février 2012

Forum de Lyon

Le secrétaire général de la Francophonie, Abdou Diouf, s’adressant aux participants. Photo: OT/Y. Turgeon

Le Forum francophone préparatoire de Lyon a posé un premier jalon vers l’élaboration d’une position commune des 56 États membres de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) en vue de la Conférence des Nations unies sur le développement durable, mieux connu sous le nom de Rio +20. Rappelons que lors du Sommet de la Francophonie de Montreux (oct. 2010), les chefs d’État et de gouvernement avaient pris l’engagement de rechercher une position concertée. Aussi le Forum de Lyon s’est-il attaché à mobiliser les diplomates, hauts fonctionnaires, universitaires et représentants de la société civile en vue de recueillir leurs contributions. Une série d’ateliers, suivi d’un forum du haut niveau, ont permis d’esquisser les grandes lignes de cette position, consignée dans l’Appel des participants du Forum de Lyon. À partir de ce document, les organisateurs ont identifié une série d’amendements à l’ébauche du document de résultat de Rio +20 (draft zero) qui pourront être transmis au processus préparatoire par les États membres de la Francophonie.

Appel des participants du Forum de Lyon

L’Appel de Lyon fait la synthèse des principales recommandations issues des ateliers thématiques organisés à St-Étienne et à Lyon (5 au 7 févr.) en amont du Forum. Ces ateliers thématiques portaient notamment sur la gouvernance, les cadres institutionnels et le financement du développement durable, la responsabilité sociétale des entreprises, incluant la norme ISO 26000, de même que sur plusieurs facettes de l’économie verte : forêts, lutte contre la pauvreté, transition énergétique, compétences, innovation, information, culture et médias. Les discussions et débats ont débouché sur des pistes d’action concrètes dont la mise en place de plusieurs partenariats (sur l’économie verte, les collectivités locales et la responsabilité sociétale) ; l’établissement d’un réseau de coopération et de dialogue sur le financement privé du développement durable, des technologies vertes et de l’innovation ; l’institutionnalisation des Agendas 21 locaux ; le développement d’une initiative pour la promotion des activités liées à l’information, aux savoirs et à la culture ; la mise en place d’une plateforme francophone de coopération scientifique pour l’innovation ; et la consolidation des plateformes d’information francophones existantes.

Par ailleurs, s’appuyant sur les résultats du Forum international francophone jeunesse et emplois verts (Niamey, 16 au 20 janvier 2012), l’Appel de Lyon recommande d’impliquer les jeunes à toutes les étapes de la mise en œuvre du développement durable, y compris dans la prise de décisions politiques et financières, et de reconnaître la contribution de l’entrepreneuriat jeunesse à l’économie verte. À cette fin, les participants recommandent de faciliter l’accès des jeunes au financement par la mise en place d’instruments financiers adéquats.

Plusieurs recommandations portent sur la gouvernance internationale de l’environnement et le cadre institutionnel. Les participants appuient notamment la transformation du Programme des Nations unies sur l’environnement (PNUE) en agence spécialisée à caractère universel. Ils souhaitent par ailleurs que la Commission du développement durable (CDD) – ou le dispositif qui la remplacera au sortir de Rio +20 – appuie l’intégration du développement durable dans l’ensemble du système onusien et la revue par les paires des Stratégies nationales de développement durable (SNDD). À cet effet, les participants reconnaissent que les SNDD constituent le cadre optimal de gouvernance du développement durable et estiment que les stratégies issues d’autres mécanismes (sur la réduction de la pauvreté ou les technologies vertes, par exemple) devraient y être intégrées. Sur le cadre juridique, ils prônent l’application du principe de non-régression et la négociation de nouvelles conventions sur les enjeux émergeants, comme les nanotechnologies.

L’Appel de Lyon souligne que l’avènement d’une culture de la responsabilité sociétale et l’édification d’une économie verte équitable passe par l’éducation et la formation tout au long de la vie. Pour y parvenir, les participants proposent d’approfondir la réflexion sur les activités de formation et de renforcement de compétences, de même que sur la qualification et la certification des établissements d’enseignement. Ils soulignent que les principes du développement durable doivent être inscrits dans les programmes de formation, de l’école primaire à l’enseignement supérieur, et invitent les universitaires à s’impliquer davantage dans la promotion et l’évaluation du développement durable. Ils recommandent finalement la convergence des systèmes d’information pour l’éducation et des universités virtuelles dans l’espace francophone, en favorisant une approche pluridisciplinaire et une gestion concertée des connaissances.

D’autres recommandations portent, notamment, sur : le renforcement du pouvoir des gouvernements locaux et régionaux en vue d’atteindre les objectifs globaux de transition énergétique ; l’intégration des systèmes agroforestiers dans la définition des forêts afin de permettre leur éligibilité aux programmes de financement des services écosystémiques incluant la REDD+ ; et l’élaboration d’un rapport sur l’état actuel de la réglementation internationale de la propriété intellectuelle, notamment les dispositions potentiellement négatives de l’Accord commercial relatif à la contrefaçon (ACTA) relatives aux biens culturels et numériques.

Amendements au draft zero

Reprenant les recommandations des participants aux ateliers du Forum de Lyon, les organisateurs ont proposé une série d’amendements au draft zero de Rio +20. Ce document de travail – qui n’engage en rien l’OIF – devrait néanmoins faciliter la tâche des États membres qui souhaiteraient relayer les positions des participants du Forum.

Les amendements proposés insistent notamment sur la diversité culturelle. Les participants y soulignent que la diversité doit être entendue dans sa dimension naturelle et culturelle, et que ce patrimoine doit être préservé et valorisé (§ 16). Une section sur la culture – dont l’inclusion, comme quatrième pilier du développement durable, est défendue de longue date par la Francophonie – a d’ailleurs été ajoutée (§ 101 bis). On y souligne que l’intégration de la dimension culturelle dans les politiques de développement durable favorise une approche centrée sur l’humain, inclusive et équitable, et facilite la création d’un environnement favorable à l’économie verte. À cet effet, les industries culturelles et du savoir, les technologies de l’information, le tourisme durable et la revitalisation du patrimoine sont reconnus comme des comme des secteurs générateurs d’emplois verts.

Toujours sur l’économie verte, un amendement prône l’élaboration de plans d’action ou des feuilles de route, plutôt que de « stratégies » (§§ 38 et 39). Les participants ont également ajouté l’éducation et le renforcement des capacités aux options politiques disponibles pour réaliser la transition (§ 32). Quant à la « plateforme internationale de partage des connaissances visant à faciliter la mise en œuvre de l’économie verte », un amendement souligne que celle-ci devrait être multilingue (§ 33).

Sur le cadre institutionnel du développement durable (section IV), un amendement souligne que le renforcement et la réforme du cadre institutionnel doivent, entre autres choses, promouvoir l’engagement des organisations et des institutions à la responsabilité sociale et environnementale, incluant l’utilisation de la norme ISO 26000 (§ 44e).

Enfin, plusieurs amendements ont été proposés dans les sous-sections énonçant les domaines prioritaires du cadre d’action et de suivi (section V). Sur les emplois verts, les participants ont ajouté que le résultat de Rio +20 doit reconnaitre le rôle de l’entrepreneuriat des jeunes et faciliter leur accès au financement par le biais de divers instruments incluant le microcrédit et les fonds garantis (§ 76d). Sur le rôle de  l’éducation, auquel a été adjoint la formation et la recherche, les participants estiment que le texte du draft zero, qui appelle les universités à devenir des modèles de meilleures pratiques en intégrant le développement durable dans leurs infrastructures et leurs cursus d’enseignement, n’est pas assez ambitieux et devrait aller plus loin en appelant les universitaires (academics) à intégrer le développement durable dans toutes leurs activités (§ 99), notamment leurs activités de recherche.

À propos des forêts, qui ont fait l’objet d’une attention particulière au cours du Forum, les participants ont souligné qu’en plus des services économiques et écosystémiques, il importe de considérer les autres services qu’elles procurent, dont les services socioculturels, patrimoniaux, d’éducation et de loisir (§ 90). Enfin, à propos des capacités, un amendement réaffirme le besoin de renforcement des capacités de toutes les parties prenantes aux négociations internationales sur l’environnement et le développement durable, y compris à travers la diffusion d’information et de documents dans toutes les langues de travail des Nations unies.

L’Appel de Lyon sera examiné par la 83e session du Conseil permanent de la Francophonie (Paris, 30 mars 2012) afin d’identifier les éléments qui seront relayés au processus préparatoire de Rio +20.

Environ 400 participants, dont les présidents du Niger et de la République du Congo, de même que le secrétaire général de l’OIF et le co-coordinateurs de Rio +20, ainsi que de nombreux diplomates, hauts fonctionnaires et représentants de la société civile, ont pris part à cet événement.

Sources
Page du Forum de Lyon. Agora 21.
Appel des participants du Forum de Lyon. Médiaterre.
Zero draft de Rio +20 amendé par les participants (version française). Médiaterre.
Zero draft de Rio +20 amendé par les participants (version anglaise). Médiaterre.
Guide du participant. CIRIDD.
Programme du Forum de haut niveau. CIRIDD.

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